Céline Bardet

Juriste internationale- Consultante-Auteur.

Céline Bardet est juriste, spécialisée dans les questions de crimes de guerre, justice pénale internationale, criminalité transfrontalière et depuis quelques années, particulièrement investie dans les questions de violences sexuelles dans les conflits. 

 

Après une maîtrise de droit privé puis un DEA en Droit International Public et Européen, Céline Bardet rentre à l’Institut des Hautes Etudes Internationales de Paris Panthéon Assas. Durant ses études, elle découvre l’histoire de Drazen Erdemovic : ce Croate de Bosnie a été enrôlé dans l’armée serbe de Bosnie et forcé de massacrer des hommes et des enfants Bosniaques, sans quoi ses supérieurs s’en seraient pris à lui et à sa famille.

Céline se passionne pour cette affaire et y consacre son mémoire de recherche. C’est grâce à ce travail qu’elle rencontrera par la suite le juge Claude Jorda et deviendra son assistante au Tribunal Pénal International pour l’Ex-Yougoslavie à La Haye. Elle n’a alors que 27 ans, mais sa carrière dans la Justice Pénale Internationale est déjà bien lancée. Elle continue à nourrir sa réflexion, s’intéresse aux rouages de la Justice Internationale, mais s’interroge aussi philosophiquement sur la question de la responsabilité par exemple, la grande Hannah Arendt devenant alors une de ses plus belles sources d’inspiration.

En 2001, elle est recrutée par le Bureau Crime et Drogue des Nations Unies, basé à Vienne (UNODC). Elle se consacre durant deux ans aux questions de criminalité transnationale organisée et de lutte contre le terrorisme suite aux attentats de New York. Chargée de fournir une assistance technique à de nombreux pays afin qu’ils transposent les normes internationales dans leur législation, elle participe à de nombreuses missions à travers le monde.

Mais très vite, elle ressent le besoin de partir sur le terrain et de s’y installer pour être au contact des populations locales afin de mener son travail. En 2004, elle prend donc la décision de partir sur le terrain et s'établit durablement dans la région des Balkans. Elle travaille sur les questions de réformes judiciaires, criminalités transnationales et crimes de guerre d'abord en Ancienne République Yougoslave de Macédoine, puis au Kosovo, en Croatie, en Serbie et en Bosnie-Herzégovine. Ce contact avec le terrain et les populations locales reste encore aujourd’hui son leitmotiv, élément essentiel pour mener un travail de justice efficace et adapté à chaque situation.

Pendant longtemps, la région des Balkans va être au cœur du travail de Céline. En quête de nouvelles compétences et d’expertise, elle suit la formation de l’Institut International d’Enquêtes Criminelles (IICI) à La Haye, et obtient le diplôme d’enquêteur criminel international. Elle va alors mettre ses compétences au service de Raffi Gregorian, adjoint principal du Haut Représentant en Bosnie-Herzégovine. Pendant presque trois ans, elle travaille alors avec les victimes de crimes de guerre et les institutions locales afin de faire avancer le processus de jugements.  Elle créé, forme et dirige une unité crimes de guerre avec la police et le bureau du Procureur a Brcko tout en assurant la direction  du département juridique du Bureau du Haut Représentant du District.

Elle quitte les Balkans en 2011 après avoir travaillé 7 ans auprès des victimes et des institutions locales. Elle relate son expérience dans son ouvrage, Zones sensibles : une femme contre les criminels de guerre publié en 2011 (Ed. Du Toucan).

 

A partir de 2011, Céline travaille comme experte internationale sur les questions de crimes internationaux, souvent mandatée par l’Union Européenne ou les Nations Unies. Ses missions se concentrent dans le domaine de la corruption (en Serbie, Croatie, Maroc) mais surtout de la sécurité et de la justice post-conflit (en Géorgie, Jordanie, Libye, Nigeria et plus récemment au Pakistan). Dans le cadre des programmes financés par la Commission Européenne, elle travaille sur les routes du trafic d'héroïne (de l'Afghanistan en passant par l'Iran, le Pakistan, le Caucase et l'Asie centrale) et sur la route de la cocaïne. Elle développe aussi le premier programme sécurité/justice pour la Libye post Kadhafi, travaille sur les questions de sécurité, de lutte anti-terroriste et de bonne gouvernance au PakistanKenyaRépublique Démocratique du CongoBurundi et au Moyen-Orient notamment. Par ailleurs elle demeure en contact très étroit avec les victimes de crimes de guerre et continue ses efforts pour que la justice continue à se développer sur le terrain afin que l’on donne enfin aux victimes l’écoute nécessaire, leur dignité et leurs droits.  

En Octobre 2012, sur le thème, « 2030 : ligne de mire », elle est invitée à TEDx Paris pour présenter un "talk" à l'Olympia : "Après la guerre, une réconciliation est-elle possible?". Elle y évoque son expérience dans les Balkans, et parle des leçons et des questions qu’elle en tire. De l’espoir et de l’abnégation dans l’accompagnement des victimes, mais aussi une certaine lucidité sur la nature humaine, et sur la nécessité du travail de justice pour toute reconstruction d’un pays en post-conflit.

En Septembre 2013, elle participe à une réunion à l'Assemblée Générale des Nations Unies à New York. Elle y présente avec le ministre de la Justice libyen un projet pionnier de loi sur les victimes de violences sexuelles en Libye avec la Fondation ARA Pacis. Ce projet de loi donne le statut de victimes de guerre aux victimes de viols, premier pas essentiel du processus de justice. « Faire changer la honte de camp », c’est son idée permanente pour poursuivre les criminels et permettre aux victimes de se reconstruire – elle parle d’ailleurs plutôt de survivant.e.s.

 

Poursuivant cette logique, Céline fonde en 2014 son ONG "We Are not Weapons of War" (WWoW) dont elle est la Présidente.  WWoW veut  développer des campagnes publiques sur les questions des violences sexuelles et apporter une expertise et un soutien concret aux victimes et aux institutions judiciaires. Céline s’est en effet aperçue de l’incapacité des autorités internationales à comprendre ce fléau et à lutter contre lui. Elle s’est aussi rendu compte d’un grand manque de coopération entre professionnels de la santé et de la justice sur cette question. Au cœur de la vision de WWoW, elle veut donc coordonner le travail de ces divers professionnels, mais aussi mettre les victimes au centre de leur processus de reconstruction. C’est un travail de longue haleine, qui demande de la patience et de l’abnégation. Les instances internationales sont parfois bloquées, et WWoW se bat pour que les violences sexuelles soient plus reconnues par ces-dernières. Mais déterminée et investie, Céline préfère chercher des solutions et voir ce qui marche, plutôt que de se morfondre sur ce qui ne marche pas.

En Juin 2014, elle est invitée comme experte au premier Sommet Global sur les viols de guerre à Londres co-présidée par William Hague (UK) et Angelina Jolie.

EnOctobre 2014, elle est invitée de nouveau à faire un talk au théâtre du Chatelet pour TEDxParis : « le viol, une arme de guerre ». Elle y explique en quoi le viol de guerre constitue bien une arme à part entière, et non un « dommage collatéral » un « à côté » de la guerre comme on l’a souvent considéré. Le viol de guerre est un outil mis en place avec des méthodes particulières et poursuivant des objectifs précis. Il entre dans une stratégie pensée, organisée et réfléchie, parfois pour des motifs de répression politique (Libye, Syrie), ethniques (Rwanda, Bosnie, Birmanie), ou pour des objectifs de contrôle de territoire (RDC, Ouganda). Elle insiste également sur l’idée que le viol de guerre touche indistinctement les femmes et les hommes. Ces-derniers sont parfois les premières victimes des violences sexuelles dans certains conflits, élément très souvent occulté : c’est par exemple le cas en Libye et en Syrie.

Pour elle, il ne faut donc pas aborder le viol de guerre de façon genrée, sous un angle géographique particulier, ou considérant une stratégie particulière ; mais bel et bien prendre en compte cette multitude de cas et traiter la question dans sa globalité.

 

Si elle consacre une large partie de son temps à WWoW, Céline continue néanmoins à partir en mission à l’étranger, mandatée par l’ONU ou l’UE. En 2017, Elle a ainsi contribué à des évaluations de programmes de renforcement de la justice en Irak, en RCA ou encore dans les zones tribales du Pakistan.

En 2017, Céline est contactée par Cécile Allegra pour devenir consultante sur un film. Libye – Anatomie d’un crime de guerre traite des violences sexuelles en Libye, notamment dirigées à l’encontre des hommes. C’est un film poignant qui montre le travail d’enquête nécessaire pour constituer des dossiers judiciaires, et l’impérieuse importance de ce processus indispensable à la reconstruction d’un pays. Il est présenté en avant-premièreau Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH) à Genève en mars 2018, et y remporte un prix.

Cette même année 2018 démarre sur les chapeaux de roues pour Céline Bardet : elle remporte plusieurs prix en début d’année, rencontre différentes autorités publiques dont Brigitte Macron et les Grands Duchés du Luxembourg, et lance avec WWoW un nouvel outil, le Back Up. Projet phare de l’ONG, le Back Up est une application numérique et constitue un outil plurisectoriel : il permet de signaler des situations de viols de guerre et des victimes, de coordonner l’activité des différents professionnels entre eux et de les mettre en contact avec des victimes, et de récolter des données fiables sur le viol de guerre. Une première version de l’application est lancée et sera tester dans plusieurs pays pilotes au cours de l’année 2018. Céline Bardet continue son travail, et menée par un idéal de justice, elle met à profit ses années d’expérience sur le terrain, au contact des victimes, pour faire bouger les lignes.

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En ce moment....

Lancement de l'ONG We Are NOT Weapons Of War

Lancée en Juin 2014 au Sommet Global de Londres sur les violences sexuelles dans les conflits « We Are Not Weapons of War» (WWoW) est une association française de type loi 1901 à but non lucratif. Fondée et Présidée par Céline Bardet, WWoW a été créée dans le but de répondre aux différents enjeux autour des violences sexuelles dans les conflits. S'apercevant que la question du viol de guerre est souvent mal comprise et mal traitée, Céline Bardet a voulu sensibiliser l'opinion publique et les instances internationales sur ce sujet. L'idée de WWoW est de faire du viol de guerre un enjeu mondial, et de faire coopérer les différents professionnels sur ce phénomène afin de poursuivre les criminels d'une part, et de venir en aide aux victimes d'autre part. WWoW se veut être une organisation qui traite la question du viol de guerre dans sa globalité, avec une approche d'expertise judiciaire. L'ambition de Céline Bardet à travers cette organisation, est de montrer que le viol de guerre constitue une arme à part entière, et non un "dommage collatéral", un "à côté" de la guerre comme on a pu parfois le penser. Le viol de guerre est une stratégie pensée, organisée et planifiée, qui vise des objectifs précis, ceux-ci pouvant être politiques, ethniques ou encore économiques. En créant cette structure, Céline Bardet a donné naissance à la première organisation au monde à traiter des violences sexuelles en conflit, et notamment à travers le prisme juridique. WWoW s'articule autour de trois piliers majeurs : - Eduquer et informer sur le viol, une arme de guerre à part entière dans de nombreux conflits, - Accompagner les institutions locales dans le processus judiciaire, - Soutenir les victimes en travaillant sur le trauma, sur leur réhabilitation, et ce notamment avec l’utilisation de nouvelles technologies. Céline Bardet a voulu insuffler un esprit innovateur dans les activités de WWoW pour renverser les stéréotypes, notamment ceux concernant les victimes, qui peuvent être des femmes comme des hommes. Elle a par ailleurs tenu à privilégier une approche intégrée et holistique, avec des projets simples, pragmatiques et adaptés aux contextes. S'appuyant sur son expérience de terrain, elle a voulu que le contact avec les situations et les populations locales soient au coeur des projets de WWoW. Enfin, elle a tenu à ce que que l'organisation s'appuie sur les victimes elles-mêmes - les survivant.e.s - qui doivent être acteurs de leur processus de réhabilitation et de reconstruction. Pour en savoir plus sur We Are Not Weapons of War et les projets menés par Céline Bardet et son équipe pour lutter contre le viol de guerre, n'hésitez pas à consulter le site de WWoW.

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